
Interview de Marion Libertucci, responsable du plaidoyer sur les armes pour Handicap International.
Quelles sont vos priorités pour que le Traité d'Oslo et le Traité d'Ottawa deviennent une réalité ?
La première est le travail sur l'universalisation : faire en sorte que tous les Etats rejoignent le traité. Pour le Traité d'Oslo, plus de cent pays ont déjà signé et nous savons que de nombreux pays pourraient le rejoindre si la pression de la communauté internationale et notamment de la société civile se poursuit. Pour le Traité d’Ottawa, ceux qui n'ont pas signé seront plus difficile à obtenir. Pourtant, même s'ils respectent de facto les obligations du Traité, il est essentiel que le Traité devienne vraiment universel pour être sûr qu'aucune mine ne sera utilisée dans le futur.
La deuxième est le travail sur la mise en œuvre : il s'agit d’un travail de fonds pour s'assurer que les Etats vont respecter les obligations. Pour nous en tant qu'opérateur de terrain, il s'agit notamment de s'assurer qu'ils vont prendre réellement en charge les victimes et dépolluer les zones minées.
Comment Handicap International peut continuer à faire progresser la situation ?
Nous agissons à plusieurs niveaux :
- Au niveau national, nous interpellons chaque Etat pour s'assurer qu'il mette en œuvre correctement les Traités. Handicap International a ainsi amené la France à réviser sa contribution financière à l'action contre les mines.
- Au niveau international, nous participons aux réunions rassemblant les Etats et la société civile pour s'assurer d'une bonne compréhension mutuelle sur la notion d'assistance aux victimes ; pour que les Etats non signataires rejoignent les Traités, pour que la communauté internationale reste mobilisée et unie pour l'universalisation des traités et leur mise en œuvre. Il est également indispensable que les Etats continuent à promouvoir les traités. Une partie de ce travail est réalisée via la participation aux coalitions internationales, la Coalition internationale contre les sous-munitions (CMC) et la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL).
L'expérience du Traité d’Ottawa nous a enseigné la nécessité de maintenir une pression constante pour la mise en œuvre des traités, afin que les Etats ne se désintéressent pas de la question des mines et des BASM, et restent actifs en matière de déminage et d'assistance aux victimes.
Concernant l’Assistance aux victimes comment faire avancer les choses ?
- En 2008, nous avons déjà obtenu que soit inscrit dans le traité d’Oslo une définition large des victimes, englobant au-delà de la personne blessée sa famille et sa communauté, ainsi qu'une approche globale de l'assistance aux victimes, comprenant la reconnaissance et la prise en compte des droits des victimes, les actions de santé, d'insertion économique et sociale. Par rapport au Traité d'Ottawa qui n'incluait pas d'obligation pour les Etats sur l'assistance aux victimes, ce Traité constitue une avancée sans précédent du Droit International Humanitaire. Mais cette approche dépasse maintenant le champ des victimes de BASM. Le plan de Carthagène, décidé dans le cadre du Traité d’Ottawa contre les mines antipersonnel en décembre 2009, reprend les avancées d'Oslo et fixe précisément les besoins de l'assistance aux victimes.
- Nos propres programmes prennent en compte les différentes évolutions des besoins des victimes, pour répondre au mieux à leurs attentes, notamment en matière de soutien psychologique, d'éducation pour les jeunes et d’emploi pour les victimes plus âgées. Nous travaillons avec les acteurs locaux pour renforcer leurs capacités concernant l'accès et la fourniture de services adaptés. Au niveau national et International, nous menons des actions de plaidoyer auprès des Etats pour la mise en place de plans d'actions nationaux, nous interpellons les Etats qui n'agissent pas assez, ainsi que les Etats donateurs. Attention toutefois, le travail sur l'insertion sociale et économique est d’autant plus long et difficile dans les pays touchés qu'il est lié à un changement des mentalités : au-delà du changement de regard sur les victimes, c'est celui sur les personnes handicapées en général qui doit évoluer.
La France a signé et ratifié le Traité d'Oslo, comment ma signature de la pétition en tant que citoyen français peut-elle encore faire bouger les choses ?
Elle prouve que les citoyens restent mobilisés sur la question, et surveillent l'action du gouvernement français pour la mise en œuvre du Traité. Si nous ne continuons pas nous-mêmes à être mobilisés sur cette question comment demander aux Etats de le faire ? Tant qu'il y aura une victime, tant qu'il y aura encore des mines et des sous-munitions non explosées menaçant les populations, nous devrons rester mobilisés pour inciter les Etats à faire changer la situation, et aboutir à un monde sans mine et sans BASM.
Que représente la Pyramide de chaussures dans votre quotidien de lobbyiste ?
J'ai bien conscience d'être le porte-parole de centaines de militants, mais également de centaines de milliers de personnes mobilisées sur la question des mines et des BASM pendant la Pyramide. C'est également leur message que nous relayons au gouvernement. Au-delà de notre statut d'opérateur de terrain, grâce à eux, j'ai toute légitimité quand je rencontre les pouvoirs publics. Tous nos interlocuteurs connaissent la Pyramide de chaussures, comprennent son importance, la force de mobilisation qu'elle représente contre les mines antipersonnel et les BASM.