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N’ayant pas conscience du danger, les enfants sont souvent plus vulnérables aux engins non explosés et représentent un tiers des victimes de ces armes dans le monde.1 Ils sont souvent blessés ou tués sur le chemin de l’école, alors qu’ils jouent ou quand ils travaillent dans les champs.

S’ils survivent, ils doivent prématurément mettre un terme à leurs études compte tenu du temps de la convalescence et du coût engendré pour leur famille.

De plus, l’accès à un enseignement adapté à leurs besoins reste rare voire inexistant. En outre, la méconnaissance de la question du handicap chez les professeurs et les élèves peut entraîner une discrimination, un isolement et l’incapacité des victimes à participer à certaines activités. C’est là un facteur de démotivation scolaire pour les enfants survivants, lesquels se voient souvent contraints d’abandonner l’école.

 

Exemple de l'Irak

Photo d'une jeune femme kurde dessinant une signalétique contre les mines antipersonnel sur un tableau en ardoise
© X. Bourgois / Handicap International


En Irak, 57% des victimes sont des enfants.

Ramazan Souleyman, agent de liaison communautaire Handicap International en Irak, témoigne (Propos recueillis en 2010)

“Tu vois cette école ? A peine à quelques mètres d’ici, il y a deux champs de mines, dont un sur la colline au dessus donc avec le risque que des mines tombent jusqu’ici ! Le problème, c’est que tous les gamins connaissent les mines, je t’assure, tout le monde ici à dans sa famille quelqu’un qui a eu un accident, surtout chez les paysans.
Je suis allé dans cette école et j’ai posé la question « Qui d’entre vous connait quelqu’un qui a été blessé ou est décédé à cause d’une mine ? ». Huit élèves sur dix ont levé le doigt pour raconter l’histoire d’un papa, d’un petit frère ou d’un voisin qui est passé par là. Un à un, sur le tableau noir, ils ont dessiné les différents symboles des champs de mines tels que le triangle renversé à tête de mort qu’ils connaissent bien : leur école est cernée par celui-là. Mais c’est plutôt sur la forme des mines qu’ils sont incollables, malheureusement bien plus que sur les gestes de base à effectuer s’ils devaient être en contact de l’une d’entre elles. »

 

Exemple du Laos

Au Laos, entre 1979 et 2008, 60% des victimes civiles étaient de jeunes garçons.2 Dans ce pays fragilisé par la guerre, comme dans beaucoup d’autres, les enfants n’ont d’autre choix que de contribuer aux revenus de leur famille. Ils gardent des troupeaux, ramassent du bois ou partent à la recherche de nourriture. Le métal, qui se trouve à portée de mains, est revendu sur les marchés, ce qui permet d’assurer un moyen de subsistance. Ils sont alors amenés à manipuler des restes explosifs de guerre et s’exposent ainsi à des blessures extrêmement graves, pouvant entraîner la mort.

Manithong Phongsavath, qui habite le village de Vinegthong, (district Hinherb) et qui a été victime d’une BASM en 2008, à l’âge de 16 ans, témoigne (Propos recueillis en 2009)

« Ca s’est passe l’après-midi où, avec mes amis, nous sommes allés chercher nos résultats définitifs des examens scolaires. C’était mon anniversaire et je venais d’avoir 16 ans. Nous marchions sur la route sur le chemin de l'école quand mon ami a vu une sorte de petite ampoule. Il l'a ramassée et me l’a donnée. J’ai essayé de l'ouvrir pour voir ce que c’était. L’objet a explosé immédiatement. Mes amis ont couru jusqu’à notre village pour obtenir de l'aide, et je suis resté au sol, inconscient. Je ne sais pas combien de temps après, ma famille est arrivée. Ils m'ont mis dans une voiture et m'ont amené à l'hôpital dans la province de Vientiane Louksambouk. Je me suis réveillé quatorze heures plus tard.
Finalement, les médecins m’ont amputé les deux mains, parce qu'elles avaient été trop grièvement blessées dans l'accident. Mes yeux ont été blessés également. Aujourd’hui je suis aveugle.
J'ai passé un mois et demi à l'hôpital. Ma famille a dû vendre deux buffles, emprunter de l’argent et utiliser leurs économies de toute une vie pour payer mes soins médicaux.
Je suis tellement triste parce que j’ai arrêté l’école et je ne peux pas travailler pour aider ma famille ou devenir autonome. »


Sources :

1 Fiche d’information de l’Observatoire des mines antipersonnel et des armes à sous-munitions, mars 2010
2 The National Regulatory Authority for UXO/Mine Action in the Lao PDR, Key figures, juin 2010